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E-invoicing : définition, formats et différence avec l'e-reporting

13 min

Pierre Jeannel

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Publié le

L'e-invoicing s'impose progressivement dans l'Union européenne comme la nouvelle norme de la facturation B2B. En France, environ 120 000 entreprises sont déjà référencées dans l'annuaire du PPF et une centaine de Plateformes Agréées ont été immatriculées par la DGFiP au premier trimestre 2026. Cet article propose une définition stricte de l'e-invoicing, distingue les notions voisines (e-reporting, e-facture, facture dématérialisée), détaille les formats techniques autorisés (Factur-X, UBL, CII) et compare les déploiements nationaux en Europe.

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Mise à jour le lundi 11 mai 2026 - L'e-invoicing s'impose progressivement dans l'Union européenne comme la nouvelle norme de la facturation B2B. En France, environ 120 000 entreprises sont déjà référencées dans l'annuaire du Portail Public de Facturation (PPF) et une centaine de Plateformes Agréées ont été immatriculées par la DGFiP au premier trimestre 2026. Pour autant, le terme "e-invoicing" reste mal défini dans le débat public : il est souvent confondu avec la facture dématérialisée, l'EDI ou un simple PDF envoyé par email. Cet article propose une définition stricte, distingue les notions voisines (e-reporting, e-facture, facture dématérialisée), détaille les formats techniques autorisés (Factur-X, UBL, CII) et compare les déploiements nationaux en Europe.

L'essentiel à retenir

  • L'e-invoicing désigne l'émission, la transmission et la réception d'une facture sous forme structurée et automatiquement exploitable par les systèmes d'information. Un PDF envoyé par email ne constitue pas une facture électronique au sens fiscal.

  • E-invoicing et e-reporting sont deux obligations distinctes : la première couvre les transactions entre assujettis à la TVA établis en France, la seconde transmet à la DGFiP les données des opérations hors de ce champ (B2C, intracommunautaire, opérations avec un non-assujetti).

  • Trois formats techniques sont autorisés en France à partir du 1er septembre 2026 : Factur-X (hybride PDF/A-3 et XML), UBL (Universal Business Language) et CII (Cross Industry Invoice). Tous sont conformes à la norme européenne EN 16931.

  • L'Europe avance en ordre dispersé : Italie pionnière depuis 2019, Belgique au 1er janvier 2026, Pologne échelonnée février-avril 2026, Allemagne en trois étapes 2025-2028, Espagne effective 2027-2028, France au 1er septembre 2026.

  • Le PPF a été abandonné comme plateforme d'émission et de réception le 15 octobre 2024. Toutes les entreprises assujetties à la TVA passent désormais par une Plateforme Agréée (PA), nouvelle dénomination officielle des anciennes PDP depuis mi-2025.

Qu'est-ce que l'e-invoicing ? Définition

L'e-invoicing, ou facturation électronique, désigne l'émission, la transmission et la réception d'une facture dans un format structuré, automatiquement exploitable par les systèmes d'information de l'émetteur, du destinataire et de l'administration fiscale. La définition juridique française est codifiée à l'article 289 bis du Code général des impôts, introduit par l'ordonnance n° 2021-1190 du 15 septembre 2021. Cette définition s'inscrit dans le cadre européen établi par la directive 2014/55/UE du 16 avril 2014 sur la facturation électronique dans les marchés publics, dont les transpositions nationales ont progressivement étendu le champ d'application au B2B.

La norme technique de référence est la norme européenne EN 16931, publiée par le Comité européen de normalisation (CEN) en 2017. Elle définit le modèle sémantique de la facture électronique européenne et identifie deux syntaxes conformes : UBL (Universal Business Language) et CII (Cross Industry Invoice). C'est sur cette base normative que la France, l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et la Pologne construisent leurs obligations nationales B2B.

Les trois principes : authenticité, lisibilité, intégrité

Le droit français impose à toute facture électronique trois garanties cumulatives :

  • Authenticité de l'origine : l'identité de l'émetteur doit pouvoir être vérifiée sans ambiguïté tout au long du cycle de vie de la facture.

  • Intégrité du contenu : aucune modification du document ne doit être possible entre l'émission et la réception, sauf à laisser une trace identifiable.

  • Lisibilité du document : la facture doit rester intelligible pour un humain durant toute la période d'archivage légal (dix ans en France).

Ces trois principes peuvent être garantis par trois moyens techniques alternatifs : un dispositif de contrôle continu interne assorti d'une piste d'audit fiable, une signature électronique qualifiée, ou un échange via une plateforme respectant les standards EDI ou EN 16931. À partir de septembre 2026, le passage par une Plateforme Agréée ou par le réseau Peppol couvrira automatiquement les trois exigences.

Pourquoi un scan PDF ou un email ne suffit pas

Une confusion fréquente consiste à assimiler facture électronique et "facture envoyée par voie électronique". Un PDF de facture envoyé en pièce jointe d'un email n'est pas une facture électronique au sens fiscal, et ce pour deux raisons :

  • Le PDF n'est pas un format structuré et automatiquement exploitable. Les données ne sont pas accessibles aux systèmes comptables sans recours à la reconnaissance optique de caractères (OCR), elle-même soumise à un taux d'erreur résiduel.

  • L'email ne garantit ni l'authenticité de l'origine, ni l'intégrité du contenu sans dispositif additionnel (signature électronique qualifiée, piste d'audit fiable).

Cette nuance est centrale : la généralisation prévue au 1er septembre 2026 ne consiste pas à imposer le passage du papier au PDF, mais à imposer un format structuré (Factur-X, UBL ou CII) transitant par un canal de transmission contrôlé. Le simple "scan-mail" reste une dématérialisation documentaire, pas une facturation électronique.

E-invoicing, e-reporting, e-facture : comprendre les différences

La réforme française repose sur deux obligations distinctes mais complémentaires : l'e-invoicing et l'e-reporting. Comprendre cette distinction est essentiel pour cartographier ses obligations et choisir la bonne architecture technique.

E-invoicing : émission et réception structurées entre assujettis à la TVA

L'e-invoicing s'applique aux transactions entre assujettis à la TVA établis en France (B2B domestique). Concrètement, lorsqu'une entreprise française facture un client professionnel français, elle doit émettre une facture au format structuré (Factur-X, UBL ou CII), transmettre cette facture via une Plateforme Agréée, et son client doit la recevoir via une PA également. Les données fiscales clés (montant HT, montant de TVA, taux applicable, identité des parties) sont transmises automatiquement à l'administration au moment de l'émission.

E-reporting : transmission DGFiP des transactions hors champ e-invoicing

L'e-reporting couvre les opérations qui sortent du champ de l'e-invoicing : ventes B2C (au consommateur final), opérations intracommunautaires (livraisons et acquisitions intra-UE), opérations avec un opérateur étranger non établi en France, et transmission des données de paiement pour les prestations de services. Dans ces cas, il n'y a pas d'obligation d'émettre une facture structurée, mais les données de transaction et de paiement doivent être transmises à la DGFiP à des fréquences variables selon le régime de TVA de l'entreprise.

Facture dématérialisée vs facture électronique : ne pas confondre

La "facture dématérialisée" est un terme générique de droit commercial. Il recouvre toute facture transmise sous forme électronique, quel que soit le format : PDF par email, document Word, image scannée, ou facture structurée. La "facture électronique" au sens de l'article 289 bis du CGI est un sous-ensemble strict : elle est structurée, conforme à EN 16931, et transmise via un canal contrôlé. Toute facture électronique est dématérialisée ; l'inverse n'est pas vrai.

Le tableau ci-dessous résume les distinctions essentielles entre ces quatre notions.

Notion

Périmètre

Format

Destinataire

Obligatoire en 2026 ?

E-invoicing

B2B France entre assujettis TVA

Structuré (Factur-X, UBL, CII)

Client professionnel via PA

Oui, dès le 1er septembre 2026 en réception, 2026 ou 2027 en émission

E-reporting

B2C, intracommunautaire, opérations avec non-assujettis, données de paiement

Données structurées (pas de facture transmise)

DGFiP

Oui, dès le 1er septembre 2026 selon la même grille calendaire

Facture dématérialisée

Terme générique commercial

Tout format électronique (PDF, image, Word)

Tout destinataire

Non, ne suffit pas à satisfaire l'obligation 2026

Facture électronique (sens fiscal)

Sous-ensemble strict de la dématérialisation

Structuré conforme EN 16931

Via canal contrôlé (PA, Peppol)

Synonyme d'e-invoicing

Les formats de l'e-invoicing : Factur-X, UBL et CII

Trois formats sont autorisés par la DGFiP pour la généralisation française du 1er septembre 2026. Ils correspondent à des niveaux d'abstraction techniques distincts qu'il est utile de clarifier pour bien comprendre les choix architecturaux.

Factur-X : standard hybride franco-allemand (PDF/A-3 + XML)

Factur-X est un format hybride qui combine un fichier PDF/A-3 lisible par l'humain et un fichier XML structuré (au format CII) embarqué dans le PDF. Cette double nature permet à la fois la lecture visuelle traditionnelle (comptable qui consulte la facture) et le traitement automatisé (intégration directe dans un logiciel comptable). Standard publié conjointement par le FNFE-MPE (Forum National de la Facturation Électronique, France) et le FeRD (Allemagne), Factur-X est l'équivalent fonctionnel du ZUGFeRD allemand. La version 1.0.07 / ZUGFeRD 2.3, publiée le 18 septembre 2024, est applicable depuis le 15 janvier 2026. Elle est compatible avec le profil CIUS XRechnung (Allemagne) et le profil EXTENDED-CTC-FR (France).

Factur-X est le format privilégié par la majorité des PME françaises, car il préserve la lisibilité humaine du PDF tout en garantissant la conformité réglementaire grâce au XML embarqué. Pour une analyse détaillée du format, voir notre guide dédié à Factur-X.

UBL (Universal Business Language) : standard OASIS

UBL est un standard XML open source de documents commerciaux, publié par l'organisation OASIS. La version 2.1 (2013), enrichie ensuite par les versions 2.2 et 2.3, sert de base technique au profil Peppol BIS Billing 3.0, qui est le format obligatoire pour la facturation électronique en Belgique au 1er janvier 2026, et le format dominant en Europe du Nord. UBL est un format "pur XML" : il nécessite un visualiseur dédié pour la lecture humaine, mais offre une exploitation automatisée optimale pour les flux à haut volume.

CII (Cross Industry Invoice) : standard UN/CEFACT

CII désigne le modèle sémantique défini par UN/CEFACT (Centre des Nations unies pour la facilitation du commerce et le commerce électronique). C'est le socle technique sur lequel Factur-X embarque ses données XML. CII est utilisé directement, sans enveloppe PDF, par certains acteurs B2B internationaux qui privilégient un format XML pur d'origine onusienne. À noter qu'en termes de niveaux d'abstraction, CII se situe au niveau du modèle sémantique sous-jacent, tandis que UBL et Factur-X sont des syntaxes (l'un XML pur, l'autre PDF + XML).

Pourquoi trois formats et non un seul ?

Le choix français d'autoriser trois formats résulte d'un compromis politique et technique. Factur-X garantit la lisibilité humaine et facilite l'adoption par les PME peu équipées. UBL assure l'interopérabilité avec le réseau Peppol et les pays du Nord de l'Europe. CII offre une compatibilité avec les flux internationaux UN/CEFACT, notamment en B2B industriel. La DGFiP impose en revanche que toute facture émise soit conforme à la norme EN 16931, quel que soit le format choisi. Le décret du 7 octobre 2022 (n° 2022-1299) et le décret du 25 mars 2024 (n° 2024-266) précisent les conditions techniques.

Bon à savoir : l'EDI historique (EDIFACT) reste autorisé en B2B sur la base d'accords bilatéraux pré-existants, mais ne suffira pas à satisfaire seul l'obligation 2026. Les entreprises sous EDI devront convertir leurs flux vers UBL, CII ou Factur-X au point d'entrée de leur Plateforme Agréée.

L'e-invoicing en Europe : directive 2014/55/UE et déploiements nationaux

L'e-invoicing européen ne se résume pas à la réforme française. Chaque État membre déploie sa propre architecture, à des rythmes différents. Comprendre cette carte est essentiel pour les groupes implantés dans plusieurs pays de l'UE.

Directive 2014/55/UE : socle européen

La directive 2014/55/UE du Parlement européen et du Conseil, adoptée le 16 avril 2014, impose aux entités publiques européennes l'acceptation de factures électroniques structurées conformes à la norme EN 16931. Elle constitue le socle normatif sur lequel tous les déploiements nationaux se sont construits, en commençant par le B2G (business to government) puis en étendant progressivement au B2B via les transpositions nationales. En mars 2026, la Commission européenne a ouvert une consultation publique sur la révision de cette directive, signal d'une volonté d'étendre formellement le champ d'application à toutes les transactions B2B au niveau européen.

Italie pionnière : le système SDI (déploiement 2019)

L'Italie est le premier pays européen à avoir généralisé l'e-invoicing B2B. Le système SDI (Sistema di Interscambio) est devenu obligatoire pour les marchés publics dès février 2014 pour l'État central, puis le 31 mars 2015 pour toutes les administrations. L'obligation B2B universelle est entrée en vigueur le 1er janvier 2019 (loi 205/2018). Une exemption initiale pour les régimes forfaitaires inférieurs à 65 000 euros de chiffre d'affaires a été progressivement réduite : seuil ramené à 25 000 euros par décret-loi du 30 avril 2022, puis exclusion forfaitaire totalement supprimée au 1er janvier 2024. Le format unique imposé est FatturaPA XML, conforme à EN 16931. L'Italie sert aujourd'hui de référence opérationnelle aux autres pays qui déploient leur propre architecture.

Autres déploiements européens en cours

Le tableau ci-dessous synthétise les principaux déploiements européens en cours :

Pays

Date obligation B2B universelle

Format technique

Architecture

Italie

1er janvier 2019 (universel depuis 1er janvier 2024)

FatturaPA XML

SDI centralisé étatique

Belgique

1er janvier 2026 (réception et émission simultanées)

Peppol BIS Billing 3.0 (UBL)

Peppol 4-corner, e-reporting 5-corner au 1er janvier 2028

Pologne

1er février 2026 (CA supérieur à 200 M PLN) puis 1er avril 2026 (autres)

Structure logique FA(3)

KSeF 2.0 centralisé étatique

Allemagne

Réception 1er janvier 2025, émission GE 2027, universel 2028

XRechnung XML et ZUGFeRD 2.0.1+

Bilatéral entre parties, sans plateforme centrale

Espagne

Effet différé 2027 à 2028 (Real Decreto 238/2026 publié au BOE le 31 mars 2026)

FacturaE XML et UBL EN 16931

Solucion Publica de Facturacion et plateformes privées

France

1er septembre 2026 (réception et émission GE/ETI), 1er septembre 2027 (émission PME/TPE/micro)

Factur-X, UBL, CII

Modèle Y : Plateformes Agréées et PPF résiduel

La Pologne a signé sa loi définitive (KSeF 2.0) le 27 août 2025 (publication au Dziennik Ustaw du 2 septembre 2025) et déploie en deux temps : 1er février 2026 pour les grandes entreprises (chiffre d'affaires supérieur à 200 millions de zlotys en 2024), 1er avril 2026 pour tous les autres assujettis à la TVA (source : portail officiel KSeF).

L'Allemagne a voté la Wachstumschancengesetz le 22 mars 2024 (Bundesrat). Le calendrier est en trois étapes : obligation de réception EN 16931 dès le 1er janvier 2025 pour toutes les entreprises établies en Allemagne, obligation d'émission au 1er janvier 2027 pour les entreprises dépassant 800 000 euros de chiffre d'affaires N-1, puis généralisation au 1er janvier 2028 (source : Bundesfinanzministerium, FAQ e-Rechnung). Les formats acceptés sont XRechnung et ZUGFeRD 2.0.1 ou supérieur, à l'exclusion des profils MINIMUM et BASIC-WL qui ne sont pas conformes EN 16931.

La Belgique impose une bascule simultanée au 1er janvier 2026 pour tous les assujettis à la TVA, via la loi fédérale du 6 février 2024 et le Décret royal publié au Journal officiel belge le 14 juillet 2025. Le format unique est Peppol BIS Billing 3.0 (UBL 3.0), transmis exclusivement via le réseau Peppol. La Belgique prévoit dès le 1er janvier 2028 un volet e-reporting CTC (Continuous Transaction Controls) en quasi-temps réel via le modèle Peppol 5-corner.

L'Espagne a publié son décret d'application (Real Decreto 238/2026) au BOE le 31 mars 2026, encadrant la loi Crea y Crece 18/2022. L'application réelle est différée jusqu'à publication d'une Ordonnance ministérielle sur la Solucion Publica de Facturacion Electronica (attendue T2 ou T3 2026). Le calendrier prévisionnel : 12 mois supplémentaires pour les grandes entreprises (chiffre d'affaires supérieur à 8 millions d'euros, soit estimé juillet 2027) et 24 mois supplémentaires pour les PME et indépendants (estimé juillet 2028) (source : BOE, Ley 18/2022).

Horizon européen : l'initiative ViDA

Au-delà des déploiements nationaux, la Commission européenne a adopté le 11 mars 2025 le paquet ViDA (VAT in the Digital Age). Trois piliers : enregistrement TVA unique, plateformes numériques, et exigences de reporting numérique (DRR, Digital Reporting Requirements). À horizon 2030 à 2035, ViDA généralisera l'obligation de facturation électronique pour les opérations intra-UE, harmonisant progressivement les architectures nationales. ViDA constitue le premier paquet législatif TVA majeur depuis la directive 2006/112/CE et oriente la trajectoire à dix ans de l'e-invoicing européen.

E-invoicing en France : qui est concerné et quand ?

La réforme française repose sur la loi de finances 2024 (article 91 de la loi 2023-1322 du 29 décembre 2023) qui a fixé le calendrier définitif après plusieurs reports techniques. Toutes les entreprises assujetties à la TVA établies en France sont concernées, qu'elles soient grandes entreprises, ETI, PME, TPE ou micro-entreprises.

Le calendrier est dissymétrique en émission et symétrique en réception :

  • 1er septembre 2026 : obligation universelle de réception électronique pour toutes les entreprises, et obligation d'émission pour les grandes entreprises et ETI.

  • 1er septembre 2027 : obligation d'émission étendue aux PME, TPE et micro-entreprises.

Architecturalement, la France a choisi le modèle Y : toutes les factures transitent par des Plateformes Agréées (PA) privées, le PPF jouant un rôle résiduel d'annuaire central et de concentrateur e-reporting. Cette architecture est une particularité française qui contraste avec le modèle italien (centralisé via SDI), le modèle belge (Peppol 4-corner pur), ou le modèle allemand (bilatéral sans plateforme centrale).

Point important : le PPF a été abandonné comme plateforme d'émission et de réception le 15 octobre 2024. Il ne propose plus aucune offre publique gratuite pour émettre ou recevoir des factures électroniques. Toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent passer par une Plateforme Agréée privée (anciennement appelée PDP, renommée PA officiellement par la DGFiP mi-2025). Une centaine de PA étaient immatriculées au premier trimestre 2026.

Pour le détail des obligations par profil d'entité (assujetti TVA, micro-entreprise, association, groupe TVA, holding, établissement étranger), consultez notre guide complet "qui est concerné par la facture électronique". Pour le détail mois par mois du calendrier, voir le calendrier facture électronique 2026. Pour une vision pillar de l'ensemble de la réforme, voir le guide complet de la réforme facture électronique 2026.

Comment se préparer à l'e-invoicing ?

La préparation à l'e-invoicing repose sur trois chantiers parallèles : le choix d'une Plateforme Agréée, l'audit des flux et du système d'information, et l'acculturation des équipes opérationnelles.

Choisir une Plateforme Agréée (PA, anciennement PDP)

Le choix de la PA est l'enjeu structurant. Une PA doit être immatriculée par la DGFiP et figurer sur la liste officielle publiée sur impots.gouv.fr. Au-delà de la conformité réglementaire stricte, plusieurs critères doivent être évalués : capacité d'intégration aux systèmes comptables et ERP en place, support des trois formats (Factur-X, UBL, CII), gestion des statuts du cycle de vie de la facture, robustesse opérationnelle, qualité du support client, et compatibilité avec les besoins de pilotage multi-entité pour les groupes.

Une distinction utile à clarifier : un Opérateur de Dématérialisation (OD) peut couvrir l'expérience produit (workflow de validation, OCR, paiement, pilotage trésorerie, GED) sans porter lui-même l'immatriculation PA. Dans ce cas, l'OD s'appuie sur une PA partenaire pour la transmission réglementaire à l'administration. Le client signe un contrat unique avec l'OD, qui orchestre la relation avec la PA. C'est le modèle adopté par Libeo : en tant qu'Opérateur de Dématérialisation partenaire de la Plateforme Agréée Docaposte SÉRÈS (groupe La Poste), Libeo couvre l'intégralité du cycle d'achat et la transmission réglementaire en un seul contrat. Pour aller plus loin, voir notre guide sur l'Opérateur de Dématérialisation ou la page dédiée au partenariat Libeo et Docaposte.

Auditer ses flux et son système d'information

L'audit préalable porte sur trois dimensions :

  • Volumes et typologies de factures : combien de factures fournisseurs reçues par mois et par entité, combien de factures clients émises, sous quels formats actuels (papier, PDF, EDI), combien de fournisseurs hors zone SEPA ou en dehors du champ B2B France.

  • Intégrations existantes : compatibilité avec les logiciels comptables en place, capacité d'export et d'import structuré, présence d'un ERP, qualité des données fournisseurs (IBAN, SIREN, adresse de facturation).

  • Cartographie des flux mixtes : identifier les transactions qui relèvent de l'e-invoicing (B2B France) et celles qui relèvent de l'e-reporting (B2C, intracommunautaire, non-assujetti). Cette cartographie conditionne le paramétrage de la PA.

Acculturer les équipes

L'e-invoicing n'est pas un sujet IT isolé. Il transforme les workflows de la DAF, des équipes achats, du service comptable et des cabinets experts-comptables partenaires. Plusieurs points méritent une acculturation collective : nouvelles obligations de transmission des statuts de cycle de vie (dépôt, mise à disposition, prise en charge, rejet, encaissé, etc.), gestion des situations transitoires (factures papier reçues d'un fournisseur PME jusqu'au 31 août 2027), traitement des litiges et des avoirs en flux structuré.

Libeo accompagne 2 500 entreprises et 300 cabinets experts-comptables partenaires dans cette transition, dont des références B2B multi-établissement (Burger King, Campanile, Jonak, Au Bureau) qui anticipent l'arrivée de gros volumes de factures structurées via leurs centaines de fournisseurs. Plus de 4 milliards d'euros de flux fournisseurs ont été traités en 2025 sur la plateforme, en partenariat avec BNP Paribas (volet bancaire) et le Groupe La Poste via Docaposte (volet réglementaire facture électronique).

L'essentiel à retenir

  • L'e-invoicing est une facture structurée et automatiquement exploitable conforme à la norme européenne EN 16931. Un PDF par email ou un scan ne suffit pas, sauf accord bilatéral EDI préexistant.

  • E-invoicing, e-reporting et facture dématérialisée sont des notions distinctes. L'e-invoicing couvre le B2B France entre assujettis TVA, l'e-reporting transmet à la DGFiP les données des opérations hors champ (B2C, intracommunautaire, non-assujettis), la facture dématérialisée est un terme commercial générique.

  • Trois formats autorisés en France : Factur-X (hybride PDF/A-3 et XML, le plus utilisé en PME), UBL (XML pur, dominant en Europe du Nord et compatible Peppol), CII (XML pur UN/CEFACT, B2B international).

  • L'Europe avance en ordre dispersé : Italie pionnière (2019), Belgique au 1er janvier 2026 (Peppol 4-corner), Pologne échelonnée février-avril 2026 (KSeF 2.0), Allemagne 2025-2028, Espagne 2027-2028, France au 1er septembre 2026 puis 1er septembre 2027 selon la taille.

  • Le PPF a été abandonné comme plateforme d'émission et de réception le 15 octobre 2024. Toute entreprise assujettie à la TVA doit choisir une Plateforme Agréée (PA, anciennement PDP) parmi la centaine immatriculées par la DGFiP, ou s'appuyer sur un Opérateur de Dématérialisation partenaire d'une PA.

  • L'initiative européenne ViDA (adoptée le 11 mars 2025) prépare à horizon 2030 à 2035 une harmonisation des architectures et l'extension de l'obligation à l'ensemble des transactions intra-UE.

Sources

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